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Un temps de chien

le Lun 2 Juil - 9:44
Écrit du 30/06/2018 au 02/07/2018
Genre : True crime/Nouveau journalisme
Synopsis : Une nuit de tempête, la police reçoit un appel inquiétant.



Vous savez les nuits de tempête où même la lumière de la Lune d'habitude apaisante n'arrive pas à traverser les nuages noirs. Où d'épaisses gouttes de pluie poussées par le vent viennent se fracasser sur les vitres en faisant écho à son hurlement. On se sent protégé derrière ces vitres mais vulnérable face à cette force que rien ne semble pouvoir arrêter. Ce sont dans ces moments où notre esprit vide est rappelé à la réalité par un éclair qui, fendant le ciel uniformément noir illumine la cime des arbres battus par la tempête que fait rage. Puis le tonnerre vient interrompre ou rythmer cette symphonie.
Cette nuit était une de ces nuits là et elles sont souvent de mauvais augure.

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Retranscription de l'appel téléphonique du 17/01/2004 à 04:16.

«Gendarmerie en quoi puis-je vous aider ?»

«Bonsoir... Euh... Je ne sais pas trop comment expliquer la situation.» La voix était faible et presque couverte par le bruit de la tempête. L'homme semblait très inquiet et à bout de souffle.

«Bien, tout d'abord j'ai besoin de savoir votre nom et où vous vous trouvez.» Ai-je répondu calmement. J'avais besoin qu'il s’apaise sinon la panique aurait pu l'emporter et ce n'est jamais bon.

«Oui bien-sûr, je m'appelle Louis RIVET et je me trouve sur la départementale 7 qui descend de Pélussin à Chavanay.» Il reprit avant même d'avoir finit son inspiration : «Je ne sais pas si je délire … Je ne suis pas sûr de ce qui vient de se passer.»

«Très bien, commençons par le début et nous allons trouver une solution.»

«Ok je rentrais du boulot et je crois que … Je crois que j'ai vu une petite fille qui marchait sur le côté de la route.» Il fit une pause essayant lui aussi de comprendre la situation. «Elle... Elle marchait sous la pluie... Au début j'ai cru que c'était moi qui avait confondu avec quelque chose d'autre parce qu'il fait noir et que je suis crevé. Mais elle a levé la tête quand j'ai regardé dans le rétro. Alors j'ai fais demi-tour» Dit-il sans même avoir pris le temps de respirer une seule fois.

Au moment où je pris la pochette des registres des récentes fugues du département il reprit :

«Et là … Je comprends plus rien parce que je ne sais plus où elle est ...»

«Pardon ? Vous voulez dire que vous avez fais demi-tour et qu'elle n'était plus là ?» Je commençais moi aussi a être inquiète et embrouillée par cette histoire.

«Euh … Pas vraiment ...» Il fit une pause. On pouvait entendre le clapotement de la pluie sur le toit de sa voiture. «Désolé j'essaye de comprendre. Elle était là quand j'ai fait demi-tour, je me suis arrêté près d'elle.» S'en suivit un long soupir d'agacement. «J'ai ouvert la porte côté passager et elle est montée et a refermé la porte. Je lui ai demandé où était ses parents mais elle n'a pas répondu. J'ai pas pu très bien la voir, elle avait la tête baissée et son regard fixé sur la boîte à gant et ses cheveux trempés cachaient son visage. Puis j'ai pris mon portable et au moment où j'ai relevé la tête elle avait disparu.» Il parlait rapidement comme si c'était une délivrance.

«Vous voulez dire qu'elle a quitté le véhicule ?»

«C'est ça.»

«Et vous ne l'avez pas entendu sortir ?»

«Oui … Moi même j'ai du mal à croire ce que je dis.»

J'essayais de rassembler les pièces du puzzle, mais rien ne faisait sens. Était-il sous quelconque influence ? Il avait pourtant l'air sincère … Puis il reprit :

«Qu'est ce que je devrais faire ? Vous pensez que je devrais partir à sa recherche ?J'ai peut-être eu une hallucination ? Je sais pas ... »

«Reprenons l'histoire Louis, voulez-vous bien ? Vous avez vu une fille au bord de la route, vous l'avez faite entrer dans votre voiture. Puis elle a disparu sans faire de bruit tout d'un coup ? » Je répétais l'histoire en m'imaginant la scène mais ça paraissait surréaliste.

«Oui, c'est exactement ça. Elle devait avoir quoi, 5-6 ans, habillée en gris clair, les cheveux noires, le teint blafard et des yeux marrons je crois ... Je l'ai à peine vue.»

«Ne bougez pas et rester dans votre véhicule, j'envoie une patrouille, elle devrait arriver d'ici 25 minutes, vous pouvez rester en ligne ? »

«Ok.»

Pendant que je faisait la démarche pour envoyer des agents, je pouvais entendre sa respiration forte et fréquente trahissant son inquiétude. J’essayai  de le rassurer :
«Deux gendarmes sont en chemin, je reste avec vous Louis.»

S'en suivirent quelques minutes d'échange de respiration. Notre angoisse mutuelle ne pouvant briser notre mutisme.

Puis il chuchota :
«Je crois que je la vois ... »

«Louis, restez calme et en sécurité dans votre voiture, mes collègues ne devraient pas tarder.» À peine avais eu-je le temps de finir ma phrase que je l'entendis crier :

«HAAAAA elle court vers moi ! »

J'entendis le téléphone tomber, le moteur ronfler à pleine puissance. Puis un immense bang et des bruits d'éclats de verre. Des frissons me parcoururent tout le corps alors que ses cris s'étouffaient comme s'ils s'éloignaient. Puis plus rien, plus que le bruit de la pluie sur sa voiture. Estomaquée, j'ai tenté naïvement :

«Louis, m'entendez-vous ?»

La ligne se coupa quelques minutes plus tard, peut-être que le portable avait pris l'eau, peut-être qu'il n'avait plus de batterie.

Les gendarmes firent le chemin de Pélussin à Chavannay deux fois, une fois dans chaque sens. Il n'y avait aucune trace d'accident ni de voiture et encore moins de petite fille. Ils me dirent que ça devait être une mauvaise blague.
Mais quelques jours plus tard l'un deux me prit seule à partie. Il me dit que cette histoire était déjà arrivée deux fois pendant ses 15 ans de carrière. Il me raconta aussi l'histoire de Camille, 6 ans, retrouvée morte dans un fossé de la départementale 7 lors de l'hiver 82. Ses parents avaient tous deux pris 10 ans de prisons pour cet assassinat.

Je suis quelqu'un de rationnel mais le bruit de la pluie, le bruit du moteur puis ce bang. Et Louis ... C'était bien réel ...
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