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Une rencontre

le Mar 3 Juil - 23:18
Écrit le 03/07/2018
Genre : Mémoire
Synopsis : Une petite fille rate son bus scolaire et fait une rencontre.




07:00, juste 2 minutes me suis-je dit. Quand j'avais rouvert mes yeux, 07:28 était inscrit sur le réveil. Le car scolaire passait en bas de la rue à 07:34. Merde. Je sortis de ma chambre en trombe, saisis mon sac, y enfonçai mes livres et quelques copies-doubles, mis mes chaussures et claquai la porte derrière moi.

Je descendis la rue en courant aussi vite que je le pus, faillis marcher sur mes lacets défaits à plusieurs reprises et faillis à mon entreprise voyant le dernier écolier monter dans le bus ses portes se refermant sur lui et sur tout espoir d'arriver à l'école à temps. Le bus démarra, la fumée noire jaillissait du pot d'échappement par grands panaches et s'éloigna.

Ma mère divorcée m'élevait seule, elle quittait la maison aux aurores pour aller à l'usine. C'était une usine de pâtisserie industrielle, elle s'occupait entre autre du partitionnement des ingrédients. Le travail était difficile et le salaire misérable. Elle me répétait quotidiennement qu'il fallait que je travaille dur à l'école pour avoir un avenir plus radieux que le sien. C'est pourquoi je savais que quand l'école allait l'appeler pour lui dire que je ''séchais'' les cours j'aurai, dans le meilleur des cas, à écouter ses interminables sermons.

L'école était à 20 minutes en bus, je n'avais pas un sous sur moi alors dépitée, tête baissée je suivis le chemin que prenait le bus. Après quelques centaines de mètre de marche, mes yeux embuées par quelques larmes j'entendis une camionnette. Elle s'arrêta près de moi.

«Qu'est ce qui ne va pas fillette ?» Il s'exprimait comme les paysans dans les films, gauchement et avalant certains mots.

«J'ai raté mon bus … » Ai-je répondu en sanglotant. L'homme me regarda quelques instants et répondit :

«Tu veux que je t'y emmène ?»

On m'avait pourtant répété de ne pas suivre les inconnus. Mais j'étais désespérée et je ne voulais pas avoir d'ennuis avec l'école.

«Oui.»

«Vas-y monte.»

Je m’exécutai. L'intérieur était aussi répugnant et en ruines que l'extérieur. Les sièges dégageaient une odeur de décomposition, l'atmosphère de l'habitacle était presque irrespirable. Des restes de nourriture accompagnés de mégots jonchaient le sol. L'homme devait dormir derrière à voir les habits humides et troués qui pendaient ça et là.
C'était encore ces vielles fenêtres que l'on descendait avec une manivelle. J'ai essayé mais elle était bloquée.

«Désolé fillette, elle ne marche pas.» M'a-t-il dit après ma tentative. «Et la porte non plus, elle s'ouvre que de l'extérieur.» Il avait un sourire forcé, comme s'il avait lu dans un livre comment montrer de l'empathie, révélant une dentition sporadique, noire et abîmée. Ses yeux était vitreux indiquant une cataracte avancée. «Où est ton école ?» Je lui répondis. Il me refit le même sourire et commença à conduire. J'étais tendue.

Alerte, je regardai partout et remarquai ce petit bracelet en fausses perles multicolores. «Il était à ma fille …» Dit-il songeur voyant mon interrogation. «Je pense à elle tous les jours.»

«Il lui ait arrivé quelque-chose ?» Ai-je candidement demandé.

Quelques secondes passèrent. «Elle est morte écrasée il y a quelques années. Elle avait 10 ans et avait les mêmes cheveux et le même petit nez remonté que toi ...»
Il ne prenait pas le même chemin que le bus et je commençai à être terrifiée entre cette porte bloquée et cet individu. Plusieurs minutes silencieuses passèrent.

Sa main se rapprocha de ma jambe, j'eus un sursaut de frayeur, mon cœur battait la chamade.
«Ça va ?» Questionna-t-il sa main s'enfonçant de un paquet de chips qui avait échappé à mon attention. «T'en veux ?» Il en sortit une poignée et la goba. Des miettes venaient s'ajouter dans sa barbe d'une semaine rasée approximativement aux précédentes.

«Non merci.» Ai-je rétorqué inquiète sans tenter de croiser son regard.

Je n'avais aucune idée de où nous étions, aucune de ces rues me semblaient familières. Quelques minutes dans ce dédale coulèrent. Puis, passant l'angle d'une rue je vis mon école. Il devait avoir pris un raccourci parce-que ça m'avait paru assez rapide ou était-ce ma préoccupation qui me donnait une fausse idée du temps. Il s'y arrêta devant, sortit et m'ouvrit la porte.

Nous échangeâmes des sourires gênés, moi ravie d'être arrivée saine et sauve, lui avec un sentiment d'une bonne action accomplie.
«Merci beaucoup monsieur.»

«C'était avec plaisir fillette.»

Il retourna dans sa camionnette et s'éloigna alors que, soulagée, je le suivais du regard me remettant de mes émotions. Il était inoffensif et méritait plus d'amour qu'il n'en avait.

En passant la porte de l'école, à ma grande surprise, je ne vis aucun enfant et tous les professeurs étaient en pleurs.

Le bus n'est jamais arrivé à l'école, une voiture y est entré dedans, le bus s'est retourné. Il n'y a pas eu de survivants.
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